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L’Histoire Des Vikings à Noirmoutier

L’Histoire des Vikings à Noirmoutier

Cet article sur les Vikings à Noirmoutier apparu dans la revue trimestrielle Lettre Aux Amis N° 191, publié par L’Association des Amis de Noirmoutier. Pour plus d’articles sur l’histoire de la région de Vendée et de l’île de Noirmoutier, abonnez vous sur leur site web: Les Amis de Noirmoutier. Cet article a été republié sur ce site avec permission.

En 793, le moine Alcuin, originaire de la ville de York, réside à la cour de Charlemagne où il reçoit une lettre envoyée par l’un de ses compatriotes. Cette lettre, qui n’existe plus aujourd’hui, l’informait d’une attaque dévastatrice sur le monastère de Lindisfarne à l’extrême nord de l’Angleterre. Les païens, venus de l’autre côté de la mer du Nord, ont pillé la maison de Dieu et tué l’abbé. Cette nouvelle est un choc pour le monde chrétien. Alcuin écrit une lettre à son collègue, Higbald de York, pour lui dire à quel point il est navré «…vos souffrances tragiques m’apportent chaque jour du chagrin, puisque les païens ont profané le sanctuaire de Dieu, versé le sang des saints autour de l’autel, ravagé la maison de notre espérance et piétiné le corps des saints comme des excréments dans la rue. »1

La Chronique Anglo-Saxonne nous dit que le monastère de Lindisfarne a connu de violentes tempêtes à la veille de l’arrivée des Vikings. Elle parle de « terribles présages » et depuis tous les écrits contemporains sur l’attaque, il est clair qu’à l’époque les moines ont cherché des causes surnaturelles et religieuses pour expliquer ce qui leur est arrivé.2 Même Alcuin, qui a sympathisé avec les victimes, écrit dans sa lettre que, « cela n’est pas arrivé par hasard, mais c’est le signe d’une grande culpabilité ». Il insinue à plusieurs reprises que Dieu a dû envoyer les Vikings pour punir les frères de Lindisfarne de leurs péchés.

Alcuin of York

Rabanus Maurus (à gauche), soutenu par Alcuin (au milieu), présente son travail à Otgar de Mayence (à droite) Manuscrit du IXe siècle Österreichische Nationalbibliothek de Vienne

Nous savons aujourd’hui que les péchés des moines n’avait guère de relations avec les activités des Vikings à la fin du 8e siècle. Ces derniers se sont attaqués aux monastères en Angleterre, en Irlande et, plus tard, en France parce que ces édifices se trouvaient à proximité des endroits peuplés, et ils contenaient beaucoup de richesses ( surtout de l’argent). Noirmoutier ne faisait pas exception. Depuis le 7e siècle, les moines de Saint Philibert avaient colonisé l’île et prospéré sous la protection de l’empire Carolingien. Six ans après la première attaque sur Lindisfarne, en 799, les Vikings renouvelèrent leur attaque avec le même succès sur le monastère de Saint Philibert. Cette fois, le monde chrétien reconnut qu’il ne s’agissait plus d’une attaque isolée, mais d’une nouvelle menace régulière de maraudeurs païens. 

Lindisfarne est le site que les historiens considèrent comme le début de l’âge viking (circa 793-1066). Noirmoutier est le début de deux siècles d’attaques, de conquêtes et d’occupations Vikings en Bretagne, qui commence avec l’attaque sur Saint Philibert et se termine avec la reconquête de la Bretagne par Alain Barbetorte. 

Qu’est-ce qu’un Viking ?

Le mot Viking est originaire de l’ancien norrois (une langue morte). Bien que ses origines ne soient pas bien définies et que les historiens soient divisés sur l’origine précise du mot, nous savons que le mot n’était pas un nom propre, mais un verbe. La saga d’Egill Skallagrimsson nous offre l’un des exemples les plus convaincants de l’utilisation originale du mot. Selon cette saga, un homme nommé Ulfr avait «í víkingu og herjaði,» c’est-à-dire, approximativement, « avait erré et s’était battu ». Dans ce contexte, le mot Viking décrit une activité. Plus précisément, il décrit l’activité à laquelle nous associons les Vikings aujourd’hui : la piraterie.3

Lindisfarne Stone, the Viking raid at Lindisfarne

Sculpture sur pierre à Lindisfarne Photo Christophe Adrien

Personne ne sait avec certitude à quel moment l’usage moderne du mot Viking a commencé. Au Moyen Age, l’ancien norrois a évolué vers les langues nordiques modernes et, à notre connaissance, le mot Viking est tombé en désuétude. L’historienne Eleanor Rosamund Barraclough propose dans son livre, Beyond the Northlands, que la première utilisation moderne du mot Viking, enregistrée en 1807, vient de l’anglais.4 Cette première utilisation était en tant que nom propre et il se référait à l’ensemble du monde nordique au début du Moyen Age, ce que nous appelons aujourd’hui « l’âge viking ». C’est cette forme du mot que nous utilisons aujourd’hui pour décrire non seulement les rôdeurs qui ont terrorisé les côtes de l’Europe pendant trois siècles, mais aussi leurs compatriotes qui sont restés chez eux. Pour éviter des problèmes de nomenclature, et pour les besoins de ce bref article, nous utiliserons le mot uniquement pour décrire les Scandinaves qui ont quitté leurs terres pour aller à l’étranger à la recherche de richesse.

Nous avons aujourd’hui une image assez opaque de la culture des Scandinaves de l’âge viking. Les Vikings posent plusieurs problèmes du point de vue historique. D’abord, ils ne disposaient pas d’une langue écrite comme celle dont disposait le monde chrétien. Les runes, symboles écrits des pays scandinaves du Moyen Age, étaient rudimentaires et n’étaient pas utilisées pour écrire des récits. Ainsi, les seules œuvres que nous avons sur les Vikings de l’époque nous sont parvenus par l’intermédiaire des moines chrétiens. Nous pourrions dire que c’est une tragédie de l’histoire que presque tout ce que nous savons à leur sujet ait été écrit par leurs victimes. Leur réputation moderne de malfaiteurs tient principalement au fait que, du point de vue des sources historiques, ils n’ont laissé aucun témoignage et ne peuvent pas apporter d’éléments pour justifier leur comportement.

Les origines de l’âge viking

Les historiens ont plusieurs hypothèses sur les origines de l’âge viking. La plus répandue et reconnue, ou du moins celle qui est le plus souvent considérée comme une cause profonde, est le changement climatique survenu au début du Moyen Age. Le réchauffement du climat en Europe du Nord au milieu du huitième siècle a provoqué une augmentation rapide de la population en Scandinavie. Ceci a provoqué une surpopulation et quand le climat a refroidi à la fin du siècle, la terre ne pourrait plus nourrir tout le monde. A partir de ce moment-là, le besoin de partir et d’effectuer des expéditions est devenu une question de survie. La plupart des historiens s’appuient sur une combinaison de plusieurs hypothèses, chacune faisant partie d’un ensemble complexe de facteurs, notamment des disputes territoriales, des tensions diplomatiques avec leurs voisins et une structure sociale stratifiée. Tous ces facteurs semblent avoir joué un rôle.

Did the Vikings wear helmets? Vikings in Guerande

Aubin défendant Guérande et folio 7r “flotte normande”, manuscrit du XIe siècle provenant de l’abbaye d’Angers – BNF

Malgré ce que les chroniqueurs chrétiens suggèrent dans leurs textes, les Vikings n’étaient pas plus violents que les autres peuples de cette époque. L’empire carolingien avait de nombreux ennemis, dont les Huns, les Saxons, les Obrotites, les Bretons et les Maures. Charlemagne lui-même avait poussé à la violence au nom de sa religion, et du point de vue de ses victimes, c’était lui le plus violent. Prenons, par exemple, le fameux massacre de Verden. En 782, Charlemagne achevait sa conquête de la Pologne lorsque les Saxons, sous la direction d’un homme nommé Widukind, se rebellèrent contre lui. La réponse de l’empereur fut rapide et sanglante. Pendant leur bataille près de la rivière Aller, les Francs ont capturé 4 500 prisonniers. Pour punir les rebelles, Charlemagne donna l’ordre de les baptiser dans la rivière. Tandis que les prêtres récitaient leurs bénédictions, les soldats francs ont tenu leurs victimes sous l’eau jusqu’à ce qu’ils se noient.

L’événement, surnommé par la suite Le Massacre de Verden, correspondait au comportement des Carolingiens. Mais cet événement avait cependant un caractère particulier. Widukind, le chef des Saxons, était beau-frère du roi des Danois, Sigfred. Les nouvelles du massacre sont sans doute parvenues à la cour de Sigfred. Les attaques danoises le long de la côte de la Frise (les Pays-Bas modernes) se sont intensifiées presqu’immédiatement jusqu’à une terrible attaque sur Dorestad, dont Charlemagne aurait été témoin. La décennie suivante a eu lieu l’attaque de Lindisfarne.5

Simeon de Durham, un chroniqueur du douzième siècle qui a tiré ses informations des annales de Northumbrie — qui n’ont pas survécu jusqu’à aujourd’hui —décrit ainsi les événements de Lindisfarne : « Et ils vinrent à l’église de Lindisfarne, ils ravagèrent tout et pillèrent avec cruauté, piétinèrent les lieux saints avec des marches polluées, déterrèrent les autels et s’emparèrent de tous les trésors de la sainte église. Ils tuèrent certains des frères, en mirent aux fers, en chassèrent beaucoup, nus et couverts d’insultes, ils en noyèrent certains dans la mer ... » .6 Ce dernier passage est souvent cité comme preuve que les premières attaques sur les monastères auraient été des représailles contre les violences commises par les chrétiens envers les païens. La noyade des moines, selon certains historiens, renvoie à la noyade des Saxons à Verden. 

How did the Vikings treat the elderly? Egil Skallagrimsson

Egill Skallagrímsson dans un manuscrit islandais du XVIIe siècle conservé
à l’Institut Arni Magnusson en Islande

Il est possible que ce soit le cas, mais la chronique anglo-saxonne nous donne la preuve évidente que l’âge viking commençait, que Charlemagne en soit la cause ou non. En 789, quatre ans avant Lindisfarne, un navire danois était arrivé au port de Portland, au sud de l’Angleterre. La rencontre, qui devint presqu’immédiatement sanglante, nous montre que les Vikings visaient déjà les îles britanniques bien avant la première attaque

 à Lindisfarne. Il est probable que cette expédition avait pour mission de faire une reconnaissance en Angleterre avant de tenter une attaque directe. Il n’existe donc pas une seule cause du début de l’âge viking, mais il est probable qu’une multitude de causes y ont contribué.

Les Premiers Vikings à Noirmoutier

Selon les Chroniques Carolingiennes, en 799, une flotte de « drakkars » apparut au large de l’île de Noirmoutier.* Ils avaient comme cible le monastère de Saint Philibert. Les moines furent pris par surprise et avec violence, et peu d’entre eux y échappèrent. Un tel voyage et une telle attaque n’aurait pas semblé possible. L’événement a néanmoins suscité une forte riposte de Charlemagne qui commanda la construction d’une nouvelle flotte et la (fortification) protection des rivières dans son empire. Il savait bien que les Vikings constituaient une menace importante pour l’avenir de sa dynastie. Selon Notker le Bègue, biographe principal de Charlemagne, celui-ci était très angoissé : « Je n’ai pas peur que ces bandits puissent me faire du mal ; mais le fait qu’ils aient osé attaquer cette côte me rend malade et je suis frappé d’horreur car je pressens le mal qu’ils vont faire à mes descendants et à leurs sujets.»7

Les Vikings ont, au cours de leur trois siècles d’affrontements avec les Carolingiens, contribué à la déstabilisation de l’empire et exploité les failles sociales et politiques pour s’enrichir. C’était surtout le cas en Bretagne. Dès la mort de Charlemagne en 814, Louis le Pieu eut du mal à préserver l’intégrité de l’empire qu’il avait hérité. En Bretagne, la mort de Charlemagne a suscité de nouvelles rebellions contre les Francs. Cette nouvelle dynamique politique a laissé la porte ouverte pour des incursions plus massives des Vikings. Il semble, ainsi que nous pouvons l’analyser aujourd’hui, que les Vikings ont suivi de près les événements majeurs de l’empire et ont lancé des raids en conjonction avec les crises politiques. Cette première phase, commençant en 799 et se terminant en 836, est caractérisée par des attaques sporadiques, car l’ensemble de l’empire carolingien était toujours plus ou moins bien défendu.

L’exemple le plus flagrant est l’attaque de l’île de Bouin. Les Chroniques Carolingiennes mentionnent qu’en 820 une flotte de drakkars tenta de remonter la Seine, mais elle fut repoussée par les unités de défense Carolingiennes. Cela n’a pas découragé les Vikings qui ont contourné la Bretagne pour trouver une cible moins bien défendue. Ils s’attaquèrent à l’île de Bouin, pas loin de Noirmoutier, et ils retournèrent chez eux avec un « immense butin . »8

Sur l’île de Noirmoutier, les choses ne s’améliorent pas. Les moines de Saint Philibert sont victimes d’attaques régulières. Dès 819, l’abbé Arnulf écrit que l’ordre de Saint Philibert souffre « des incursions des barbares qui ravagent fréquemment le monastère ». Face aux attaques répétées, les moines ont adressé une demande à Louis le Pieux afin de faire construire un nouvel établissement sur le continent. En 830, les attaques sont si régulières que les moines quittent l’île au printemps et y retournent en automne pour éviter les raids saisonniers des Vikings. Enfin, en 836, les moines prennent la décision d’abandonner définitivement le monastère de l’île.9

Selon le moine Ermentaire, par son ouvrage Epitre à Hilduin, l’empereur Louis le Pieux a accepté de fortifier l’île en 830 et a fait construire un Castrum pour défendre le monastère.10 Ermentaire aurait été témoin d’un combat en 834-835 que les Vikings ont gagné, ce qui a conduit à la décision d’abandonner l’île. Plus tard dans sa vie, Ermentaire écrit à propos de l’abandon de l’île : « Mais en vérité, voici ce qu’ils craignaient le plus : que les hommes infidèles fouillent la tombe du béni Philibert et dispersent tout ce qu’ils y trouvent ici et là, ou plutôt le jettent dans la mer. Nous savions que cela s’était passé en Bretagne avec les reliques de certains saints.»11

The Line of His People cover

Mon roman historique sur les Vikings à Noirmoutier. Cliquez l’image pour en savoir plus.

Révolte, guerre Civile et une bonne opportunité pour un Viking entrepreneur.

Depuis les invasions du roi carolingien, Pépin le Bref, les Francs ont eu du mal à contenir les Bretons. En 824, ils répriment une nouvelle rébellion bretonne fomentée par le chef Wihomarc. L’empereur Louis le Pieux lui-même conduit l’invasion. Les Francs dévastent la Bretagne, ce qui oblige Wihomarc à se rendre à Aix-la-Chapelle pour faire la paix. C’était la fin de près de dix ans de tumulte, et la Marche de Bretagne connut enfin la paix.12 Mais cette paix fut brève, car l’empire était à la veille d’un bouleversement politique : la guerre civile. Les disputes entre Louis et ses fils au sujet de l’héritage s’intensifient en 829 avec le nouveau partage de l’empire décidé à l’assemblée de Worms. La première révolte éclate en 830, menée par le fils aîné de l‘empereur, Lothaire.

Do you have Viking Blood? Evaristo Vital Luminais - Pirates normands au IXe siècle

Une représentation plus récente des Vikings :Pirates normands au IXe siècle, huile sur toile, par Evariste-Vital Luminais (1821-1896) Musée Anne de Beaujeu à Moulins

En 841, l’empire subit un désastre jamais connu auparavant. A Fontenoy-en-Puisaye, l’aristocratie franque est décimée dans une bataille particulièrement sanglante. Parmi les morts se trouve le Duc de Nantes, Ricuin. Sa disparition provoque une lutte pour le pouvoir qui conduit le chef breton Nominoë à se révolter contre les Carolingiens.13 Nominoë s’allie à Lambert, le fils d’un précédent détenteur, contre Renaud, l’homme nommé par Charles le Chauve pour succéder à Ricuin. En mai 843, les armées des Francs et des Bretons se préparent à la violence. Selon la Chronique de Nantes, Renaud a gagné une victoire immédiate contre les Bretons à Messac. Avec un excès de confiance, il retourne vers Nantes sans savoir que Lambert le suivait. Tandis que l’armée de Renaud se reposait près du village de Blain, Lambert, voyant que les Nantais étaient dispersés, lance sa contre-attaque. Ils massacrent les francs et Renaud est tué au combat. Lambert, victorieux, prend Nantes. Mais il est rejeté par les Nantais qui ne veulent pas de lui. Pour se venger, il rejoint un campement de « Danois et de Norvégiens » pour les convaincre d’attaquer la ville.** La chronique de Nantes décrit Lambert comme « inventeur de maux » et le soupçonne d’avoir promis plus de richesse qu’il n’y en avait.14

C’est ici que l’histoire devient compliquée. Aucune autre source contemporaine des événements ne mentionne l’alliance entre Lambert et les Vikings, ce qui conduit les historiens à penser que c’était peut-être une fiction. Mais cela n’a pas empêché de nombreux historiens d’affirmer que le fameux Hasting, fils supposé du chef danois légendaire Ragnar Lothbrok, était le chef des Vikings alliés à Lambert et Nominoë et qu’ils ont attaqué Nantes. Néanmoins, plusieurs chroniques, dont la Chronique de Nantes, une chronique fragmentée d’Angers, les Annales D’Angoulême (Annales Engolismenses), les récits d’Ermentaire, et les Annales de Saint Bertin (Annales Bertiniani) confirment, dans l’ensemble, que l’attaque s’est produite le 24 juin 843 pendant les fêtes de la Saint Jean. Les Annales D’Angoulême décrivent les attaquants comme Westfaldingi, autrement dit des hommes du Vesfold, une région de Norvège près d’Oslo.15 Que l’histoire de l’alliance avec Lambert soit vraie ou pas, ce qui est clair est que la dissolution de l’empire et le conflit entre les Bretons et les Francs a ouvert les portes aux Vikings opportunistes.

Le rôle de Noirmoutier durant les invasions Viking.

La Chronique de Nantes et les Annales de Saint Bertin mentionnent que les Vikings qui ont mis Nantes à sac ont pris une île proche de l’embouchure de la Loire comme base pour stocker leur butin. L’île en question est très certainement l’île de Noirmoutier, appelée Herio. Depuis cette base, les Vikings ont lancé des attaques régulières en Bretagne et le long de la Loire. Certains signes nous indiquent que cette base aurait peut-être aussi servi de colonie. Une des preuves les plus extraordinaires est le témoignage d’une délégation musulmane se dirigeant vers l’Irlande pour mieux connaître les Vikings.

En 844, les Vikings lancent une attaque sur la ville de Séville, en Espagne. Comme lors de l’attaque de Nantes, ils mettent la ville à sac. En réponse, l’Emir Abd al-Rhaman II envoie des troupes pour les repousser. Elles les encerclent avant qu’ils puissent s’échapper. Cette victoire oblige les Vikings à se rendre et à faire la paix. Au lieu de les massacrer, l’émir envoie l’ambassadeur al-Ghazal pour observer les Vikings et établir des relations diplomatiques avec eux. Al-Ghazal embarque sur un drakkar et les accompagne vers le nord. Au cours de leur voyage, ils s’arrêtent et prennent un repos d’une semaine sur une île au large de la France. Il est probable, selon ce que nous savons des activités des Vikings, que cette île était Noirmoutier. Al-Ghazal rapporte que cette île était habitée par une communauté de Vikings florissante.16

Il est possible aussi que les Vikings aient établi plusieurs bases dans la baie de Biscay. L’aspect le plus important du témoignage d’al-Ghazal est l’idée que, dès cette période (de 843-846), les Vikings ont commencé de coloniser la région, comme ils l’avaient déjà fait en Irlande. En 847, ils lancent une invasion en Bretagne et gagnent trois batailles successives contre les Bretons. Cette année est le début d’une période où les Vikings s’imposent en force dans la région jusqu’à l’occupation de Nantes en 853 où ils établissent une base permanente sur l’île de Betia (aujourd’hui l’île de Nantes). Ils se sont si bien intégrés dans la région qu’en 873 ils se voient accorder une autorisation royale d’établir un marché. A partir de 919, Nantes est devenue le centre administratif d’un territoire sous occupation viking qui comprenait presque toute la péninsule de la Bretagne.17

L’île de Noirmoutier, elle, aurait servi de base militaire pour lancer les premières invasions en Bretagne. Mais elle n’est plus mentionnée à partir du moment où les bases vikings s’implantent sur le continent. Son rôle d’étape intermédiaire pour les premières attaques scandinaves se situe assez tôt dans l’histoire des Vikings en Bretagne et, selon les sources contemporaines, n’a plus eu d’importance stratégique au-delà des années 850.

L’héritage historique des Vikings à Noirmoutier

L’histoire des Vikings repose sur deux sources importantes : les écrits contemporains et les sites archéologiques. Les écrits contemporains sont utiles pour nous aider à construire une chronologie approximative des événements, alors que l’archéologie nous révèle des détails importants sur la culture des Vikings et nous permet aussi de vérifier le contenu de certains textes. A Noirmoutier, il n’existe pas de sites archéologiques viking, donc notre connaissance sur le sujet repose uniquement sur les écrits contemporains. L’exemple de l’alliance de Lambert avec les Vikings nous prouve que les sources ne sont pas toujours fiables et souvent se contredisent. Alors, en ce qui concerne les Vikings à Noirmoutier, nous devons procéder avec prudence.

Cela dit, l’héritage historique de l’île de Noirmoutier est analogue à celui de Lindisfarne. Les deux îles ont annoncé des événements plus dramatiques dans leurs régions respectives, mais n’ont pas joué un rôle crucial dans le déroulement des faits au-delà. Noirmoutier aurait peut-être joué un plus grand rôle, mais il nous manque des preuves pour l’affirmer. Les écrits contemporains mentionnent l’île a plusieurs reprises, mais il reste toujours un doute sur leur véracité. Nous pouvons néanmoins dire avec un certain degré de confiance que l’île a été utilisée comme base pendant plusieurs décennies. Est-ce que les Vikings ont colonisé l’île ? Ont-ils emmené leurs femmes et leurs enfants comme ils l’ont fait en Irlande et en Angleterre ? Impossible de le savoir sans études archéologiques poussées. Certains pensent que les analyses d’ADN pourraient révéler la présence génétique des Vikings en Bretagne, mais ces analyses posent plusieurs problèmes, surtout celui des migrations constantes de populations entre la Bretagne et la Normandie. Nous savons que les Vikings sont venus à Noirmoutier, mais la question demeure, sont-ils restés?

Bibliographie

  1. Alcuin of York, Letter to Higbald, trans. by S. Allott, Alcuin of York (York, 1974). Reprinted in Paul Edward Dutton, Carolingian Civilization: A Reader (Ontario, 1993). Pg. 124.
  2. Swanton, Michael. The Anglo-Saxon chronicle. New York: Routledge, 1998. Pg. 55.
  3. Þórðarson, Sveinbjörn. Icelandic Saga Database: Egils saga Skalla-Grímssonar. Retrieved July 12, 2018: http://sagadb.org/egils_saga.is
  4. Barraclough, Eleanor Rosamund. Beyond The Northlands: Viking Voyages and the Old Norse Sagas. Oxford University Press, 2018. Pg. 16.
  5. Ferguson, Robert. The Vikings: a History. Penguin Books, 2010. P. 83.
  6. Douglas, David Charles., and Dorothy Whitelock. English Historical Documents. Eyre Methuen, 1979. Pg. 273.
  7. Thorpe, Lewis G. M., et al. Two Lives of Charlemagne. Penguin Books, 2003. Pg. 159.
  8. Scholz, Bernhard Walther, et al. Carolingian Chronicles: Royal Frankish Annals and Nithard’s Histories. University of Michigan Press, 2000. Pg. 108.
  9. Cartron, Isabelle. Les Pérégrinations des Moines de Saint-Philibert. Presses Universitaires de Rennes, 2009. Pg. 34.
  10. Cartron, Isabelle. Les Pérégrinations des Moines de Saint-Philibert. Presses Universitaires de Rennes, 2009. Pg. 64.
  11. Herlihy, David. ‘Ex Ermentarii Miraculis Sancti Filiberti’ extraits traduits et publiés dans The History of Feudalism. Humanity Books, 1998. Pg. 9.
  12. Smith, Julia M. H. Province and Empire: Brittany and the Carolingians. Cambridge University Press, 1992. Pg. 66.
  13. Cassard, Jean-Christophe. La Bretagne Des Premiers Siècles. J.-P. Gisserot, 1994. Pg. 30.
  14. Merlet, René. La Chronique De Nantes (570 Environ-1049)… / [Éd.] René Merlet. [S.n.] (Paris), 1896. Pg. 12.
  15. Nelson, Janet L. The Annals of St-Bertin. Manchester University Press, 1991. Pg. 55.
  16. Allen, W.E.D. The Poet and the Spae-Wife. Titus Wilson and Son, Ltd. London, 1960. Pg. 27.
  17. Cassard, Jean-Christophe. Le Siècle des Vikings en Bretagne. J.-P. Gisserot, 1996. Pg. 80-83.

Notes

*La première attaque est aussi attesté dans la Chronicon de Regino Prüm et dans une lettre d’Alcuin à Charlemagne.

**L’alliance entre Lambert et les Vikings est considéré une fabrication de l’auteur de la Chronique de Nantes.

À propos de Christophe Adrien

The Line of His People coverChristophe Adrien est un auteur de best-sellers en fiction historique sur les Vikings. Sa série Kindred of the Sea a été inspirée par des recherches menées en préparation d’un programme de doctorat sur l’histoire des Vikings en Bretagne, ainsi que son admiration pour les écrivains de fiction historique tels que Bernard Cornwell et Ken Follett. Mr. Adrien possède un Masters dans l’enseignement des humanités, and est prof d’histoire en Oregon, aux USA. Ses romans et son expertise lui ont valu des invitations à plusieurs conférences internationaux, dont le Congrès international médiéval de l’Université de Leeds.

Christophe Adrien

A bestselling​ author of Viking historical fiction for young adults.

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